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PARUTION

le choix du libraire

À l'occasion de la parution d'un nouveau recueil de textes de Michel Foucault – pour la plupart inédits –, Judith Revel, qui a introduit l'ouvrage et participé à son édition, répond à quelques questions sur la singularité de ces textes dans l'œuvre de Foucault.

Comment a été réalisé le choix des textes pour cette édition d’inédits ?

Il s’agissait avant tout d’éviter des textes répétitifs par rapport à ceux que nous connaissions déjà. Nous voulions au contraire permettre l’accès à des textes apportant réellement une nouveauté, c’est-à-dire enrichissant ou complexifiant ce que nous pensions déjà savoir de la pensée foucaldienne. Un inédit n’est pas nécessairement gage de nouveauté et d’intérêt, son « exotisme » ne suffit pas à en faire une pièce d’archive convaincante. Nous avons donc sélectionné des textes que nous trouvions riches, y compris parce qu’ils posent problème au regard de ceux dont nous disposions. Par ailleurs, nous avions à cœur de montrer comment Foucault revient sur un thème – une notion, une idée, un exemple, une question – et en travaille au plus près la consistance, y compris par reformulations successives : on voit la pensée se construire, c’est à la fois émouvant et passionnant.

Comment s’opère le croisement entre folie et langage, dans ces textes inédits de Foucault ? Et dans son œuvre ?

C’est une énorme question qu’il est difficile de résumer en quelques lignes. Il y a dans les années 1960, dans certains textes de Foucault, l’idée, probablement héritée en partie de la phénoménologie, que la folie et la littérature ont en commun d’être des expériences-limites, des expériences cruciales, qui engagent quelque chose comme un dévoilement, comme un rapport à la vérité plus vif (et souvent infiniment plus douloureux) que les autres expériences que nous pouvons faire. Ce qui est compliqué, c’est que cette perception d’une communauté entre le geste d’écrire et l’expérience de la folie, qui est avérée pour de nombreux « cas » littéraires auxquels Foucault consacre des textes (Hölderlin, Nerval, Brisset, Roussel, Artaud, Wolfson, pour ne citer que les plus évidents), va au rebours des analyses que Foucault développe par ailleurs – sur la mise en place historique de la déraison comme « autre de la raison » au XVIIe siècle. Prendre les choses par le biais de leur description épistémologique et historique (en posant la question des conditions de possibilité de la constitution de la folie comme objet de discours et de savoir, ce dont, de fait, l’Histoire de la folie tente le pari en 1961), ou les prendre par le biais d’une expérience qui engage à la fois le langage dans sa matérialité, le sujet dans son évidage progressif et la référence à la mort, ce sont deux démarches très différentes. Dans un livre comme Histoire de la folie, les deux approches cohabitent et s’entrechoquent, même si la première est dominante. Dans les textes épars que nous connaissions jusqu’alors, c’était plutôt l’exacerbation de l’expérience de l’écriture qui était déployée – une exacerbation dont le modèle est en général celui de Raymond Roussel. Dans les textes inédits que nous présentons aujourd’hui, c’est encore autre chose : s’y esquisse une approche structurale qui s’est libérée de l’expérience, mais qui semble aussi chercher à s’émanciper de l’approche historicisante : Foucault cherche d’autres modèles, par exemple celui des analyses ethnographiques, pour parler à la fois de la folie et de la littérature.

Les textes publiés ici proviennent presque tous de la période s’étendant entre la publication de l’Histoire de la folie (1961) et de l’Archéologie du savoir (1969). En quoi se singularisent-ils par rapport aux autres textes de la même période ?

Les textes ne sont pas tous datés, même si un certain nombre d’indices nous permettent souvent de faire l’hypothèse du moment de leur rédaction. Le gros de ces textes tourne autour du moment, essentiel, que représente le séjour de Foucault à Tunis, et en particulier de l’année 1967. C’est à Tunis que Foucault part juste après la publication des Mots et les choses, en 1966 ; c’est à Tunis qu’il rédige les différentes versions de ce qui deviendra L’Archéologie du savoir, en 1969 ; c’est encore à Tunis qu’il se met à lire de manière systématique des ouvrages de philosophie du langage, de philosophie analytique, de logique, et certains textes d’anthropologie structurale : on sait qu’il avait accès à la bibliothèque de Gérard Deledalle, spécialiste de Peirce, et alors directeur du département de philosophie de l’université de Tunis, et les textes foucaldiens de la même époque en portent la trace très nette. C’est bien entendu aussi un « moment » dans le débat intellectuel, qui est celui de l’analyse structurale des discours : on est impressionné de voir l’énorme quantité de choses que Foucault lit, annote et intègre à ses réflexions, et qui viennent non seulement des bibliothèques mais de l’actualité éditoriale immédiate de l’époque, qu’il s’agisse de publications récentes (Barthes, Benveniste, Jakobson, Austin, Prieto, Hjelmslev…) ou de rééditions (Lévi-Strauss, dont Les structures élémentaires de la parenté sont par exemple republiées en 1967, et qui semble beaucoup compter). On découvre donc Foucault en lecteur dévorant ; mais on le découvre aussi en lecteur passionné d’un structuralisme plus radical que ce que l’on pouvait imaginer – on connaissait les déclarations contradictoires de Foucault, qui semblaient témoigner tour à tour d’une volonté de s’associer au structuralisme au nom de ce qu’il nomme lui-même « une communauté de méthode », et de s’en détacher aussi nettement dès que le principe de son identification devient un lieu commun. Dans les textes que nous publions aujourd’hui, on voit quelque chose de différent : comment Foucault a tenté d’utiliser un certain nombre d’approches structurales pour ses propres objets (ici : la folie et la littérature) ; et comment ce pari, infiniment plus « durci » d’un point de vue méthodologique que dans les textes que nous connaissions jusqu’alors, en particulier parce qu’il pose en permanence le problème du statut de l’histoire dans les enquêtes menées, finit par être abandonné. L’Archéologie du savoir, qui est le point d’aboutissement de ces errances passionnantes (si par errances on entend des tentatives, des inventions, des essais, des reformulations – et non pas des déambulations vaines et stériles), est un livre traversé par l’extrême tension que ce statut de l’histoire, si contradictoirement ancré au cœur de l’entreprise foucaldienne, implique. L’éclairage apporté par ces nouveaux textes permet de mieux saisir l’ampleur du chantier et les difficultés affrontées par Foucault.


Comment le rapport de Foucault à l’histoire, pourtant plutôt univoque dans son œuvre, est-il ici remis en question ?

C’est précisément que ce rapport est tout sauf univoque ! On savait déjà ce que Foucault, il le déclare lui-même à plusieurs reprises, doit à l’épistémologie historique, aux figures de Bachelard et de Canguilhem, dans sa propre tentative de penser une histoire discontinue. On savait aussi à quel point il est attentif à ce qui se fait du côté de la réflexion historiographique – au moment où les historiens mettent en place des instruments d’analyse sérielle, par exemple en histoire économique, en démographie historique, en histoire sociale. Mais on ignorait, je crois, la tentation brève mais avérée par les textes que nous publions – de se débarrasser de l’histoire. L’histoire, c’est la causalité, et la causalité, c’est ce qu’il faut faire disparaître du principe de compréhension des objets que l’on se donne : voilà ce que Foucault tente de soutenir à partir de 1967. Cela ne durera pas longtemps mais c’est important : il faut avoir tenté (et sans doute avoir échoué), pour comprendre la nécessité de repenser autrement l’histoire, par exemple en prenant à bras-le-corps la notion même de causalité historique, en la défaisant, en la critiquant, en la réarticulant et en la complexifiant : c’est exactement ce qui se passera chez Foucault au tout début des années 1970, et le parallélisme avec la réflexion que Paul Veyne développera au même moment est bien entendu impressionnant.

Comment dès lors « lire » ces textes non publiés par l’auteur ? Y a-t-il des précautions de lecture à prendre ?

Je ne sais pas s’il faut être prudent quand on se laisse emporter par des textes passionnants. Le seul conseil de lecture que j’aimerais donner – et qui vaut pour ces textes, et pour Foucault en général, mais qui vaut sans doute bien plus largement pour tout texte – serait de ne pas absolutiser ou sacraliser ce qui est dit, mas de tenter d’en comprendre l’enjeu au moment où cela est dit. Il n’y a pas de « vérité de Michel Foucault », au sens où aucun texte n’est porteur en lui-même d’une « position » philosophique définitive de Foucault. Ce qui rend la pensée du philosophe si riche, c’est au contraire le travail permanent que les textes sous-entendent, c’est le mouvement exigeant de la recherche. Ce travail est constant, courageux, risqué : il ne craint pas de revenir sur ses propres pas pour en produire la critique (ce que Foucault fera souvent – on le voit clairement dans les textes que nous publions, où il revient par exemple à plusieurs reprises sur l’Histoire de la folie ; on le verra plus encore dans un livre comme L’Archéologie du savoir, où Foucault ne cessera de commenter de manière rétrospective non seulement le livre de 1961 mais Naissance de la clinique et Les Mots et les choses). De ce point de vue, l’acquisition par la BnF en 2013 de 38 000 pages d’inédits, dont les textes de ce volume sont issus, représente un chantier passionnant : non pas parce qu’ils disent vrai, ou qu’ils disent « plus vrai » – que les livres, les Dits et Écrits, ou les cours au Collège de France –, mais parce qu’ils nous donnent un accès infiniment plus large au labeur permanent et aux tâtonnements du philosophe. Ils donnent littéralement à voir une pensée se faisant. Cette pensée se fait dans les brouillons, dans les notes de lecture, dans les essais de rédaction partielle, parfois même dans les manuscrits portés presque à terme et abandonnés ; elle se fait aussi, très souvent, à l’occasion de la préparation de conférences ou d’interventions orales, qui représentent de ce point de vue des moments de cristallisation du travail absolument essentiels. Ce sont de semblables moments de cristallisation que nous avons eu envie de mettre à la disposition des lectrices et des lecteurs.
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