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On fait souvent usage, parfois sans s’en rendre compte, du vague. En quoi se distingue-t-il des notions proches, comme l'ambiguë ? Qu’est-ce que son emploie révèle de notre rapport au langage ? Questions à Paul Egré, auteur de Qu’est-ce que le vague ?








Dans quelle(s) situations sommes nous en présence du “vague” ?

Le vague concerne le défaut de frontières nettes de la plupart des termes usuels du langage. Par exemple, un terme comme « grand » n’indique pas à quel endroit exactement il faut tracer la frontière entre les individus grands d’une population donnée et les individus qui ne le sont pas. Est-ce à 180 cm, 185 cm, 200 cm ?

Le philosophe William Alston a proposé de distinguer vague de degré et vague combinatoire. Le vague de degré concerne l’incertitude touchant le point où tracer la frontière le long d’une échelle de mesure donnée (la taille pour grand, le revenu pour riche, le prix pour cher). Le vague combinatoire concerne les concepts complexes, comme par exemple le concept de « personne », « religion », « planète ». La définition de tels concepts est basée sur la prise en compte de traits multiples, dont l’inventaire est ouvert, dont la part relative est problématique, et dont la quantification à proprement parler est plus complexe encore que celle de termes comme « grand » ou « cher ».

Le vague n’est pas un simple problème théorique, il se rencontre dans des situations courantes de jugement et de décision individuelle ou collective. On le voit avec l’exemple du concept de « planète ». En 2005, Michael Brown de l’université CalTech s’est demandé s’il avait découvert la dixième planète du système solaire en découvrant le corps céleste Eris. Son embarras tenait au fait qu’il ne savait pas dire si Eris devait compter comme une planète ou pas, car le terme de planète ne faisait pas l’objet d’une définition explicite précise, mais constituait un terme vague.

De quel(s) autre(s) termes faut-il distinguer le “vague”, et pourquoi ?

Le vague est voisin de deux phénomènes qui sont l’ambiguïté d’une part, et la sensibilité au contexte d’autre part.

Russell disait qu’un terme vague est un terme qui désigne une multiplicité de significations. Dans l’ambiguïté, un même terme, par exemple « avocat », peut désigner un fruit ou un métier. Ces deux significations sont très distinctes, cependant. Pour le vague, « grand » semble désigne un ensemble de significations multiples mais très voisines. Le vague est donc plutôt un phénomène de chevauchement entre significations voisines que de compétition entre significations éloignées l’une de l’autre.

La sensibilité au contexte elle concerne le lien de dépendance entre le sens d’une expression et le contexte de son usage. Par exemple « grand » peut signifier des tailles très différentes selon qu’on parle de la taille d’un être humain adulte, d’un enfant, ou encore d’un bâtiment. Il y a de ce point de vue un lien profond entre vague et sensibilité au contexte. Toutefois, il semble que le vague ne relève pas de ce seul paramètre : le vague semble aussi être une forme d’incertitude liée à la meilleure manière de tracer la frontière y compris quand la classe de comparaison d’un terme est spécifiée et le contexte rendu précis.

Qu’est-ce que cet usage du vague nous amène à déduire de notre appréhension du monde ? Et de notre rapport au langage ?

L’existence du vague suggère que nous ne sommes pas des usagers passifs du langage, soumis à des définitions figées une fois pour toutes, mais que les termes du langage courant disposent d’une certaine plasticité ou malléabilité, qui est la contrepartie positive de la notion d’indétermination sémantique. Le vague est aussi lié à la subjectivité de ce point de vue. Steven Verheyen, Sabrina Dewil et moi-même l’avons mis en évidence dans une étude récente de psychologie, dans laquelle nous demandons à des participants de classer comme « grand » ou comme « lourd » des silhouettes représentant des hommes ou femmes adultes. On observe que le seuil médian qui sépare la catégorie « grand » de son contraire dépend en partie de la taille des individus : plus un individu est grand, plus il aura tendance à avoir un seuil médian élevé en comparaison d’individus plus petits. Bien sûr, le vague ne se réduit pas à la subjectivité, mais cela implique que les concepts qualitatifs désignent des propriétés distinctes d’un locuteur à l’autre, quand bien même ces propriétés se recoupent partiellement.


Comment résoudre ces indéterminations (une piste ?) ?

Le vague concerne avant tout l’incertitude qui touche à nos concepts qualitatifs : chaud, froid, grand, petit, riche, pauvre, mais aussi planète, personne, sont des termes vagues. Une manière de résoudre le vague ou l’indétermination est de proposer certaines conventions ou procédures visant à imposer une commune mesure entre locuteurs. Par exemple, plutôt que de dire « il faut chaud », on peut dire « il fait une température de 35°C » aujourd’hui. On peut donc substituer à un terme qualitatif et subjectif un terme quantitatif et objectif. Il n’est pas sûr que l’on exprime la même chose, cependant. Pour bien des concepts, résoudre l’indétermination signifie « précisifier », rendre plus précis le sens. Pour le concept de « planète », c’est ce qu’a proposé L’IAU en 2006 : sur la base de travaux réalisés par les astronomes Stern et Levison, mais aussi Soter, autour de l’an 2000, l’IAU a proposé une définition conventionnelle de la notion de planète. De façon intéressante, cette définition ne résout pas entièrement le vague, mais elle donne une base conventionnelle pour prescrire que Pluton ne soit pas considéré comme une planète, et par là même qu’Eris et autre corps célestes au statut douteux soient positionnés de façon stable dans l’espace conceptuel. Le vague est par définition une forme de d’instabilité dans la catégorisation, et résoudre le vague signifie proposer un schème conceptuel aussi stable que possible, au moins provisoirement.
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